Violences conjugales, cassons la spirale!

La société réunionnaise est confrontée à la problèmatique de la violence conjugale. Les chiffres sont alarmants comparé à la Métropole et les médias parlent régulièrement de faits divers caractérisant le comportement agressif lié à des séparations ou des conflits de couple qui se terminent mal. Les audiences de cour d'Assises sont remplies d'affaires criminelles marquées par des violences intra-familiales. Le journal de l'île du 05/08/2009 souligne que 36% des tentatives de meutre et des menaces avec armes sont commises par des ex-conjoints, et 6% en Métropole.

La femme considérée en tant qu'objet, est encore le reflet d'une réalité dans certains milieux. Ces préceptes d'un autre temps doivent être bannis. Il y a urgence à ce que les réunionnais s'y attèlent, à travers un secteur associatif de mieux en mieux organisé, les collectivités et l'Etat. Ce travail de longue haleine s'inscrit aussi dans une recherche autour de l'histoire de la Réunion et de ses familles, marquée de violences et de frustrations. La société réunionnaise tend à encore trop banaliser ces actes de violences conjugales. Une prise de conscience encore plus forte s'impose. Les élections au conseil général devraient être l'occasion que cette question fasse immersion dans le débat politique. Le département s'inscrit dans ce rôle de prévention car derrière ces violences, il y a des enfants qui subissent un réel traumatisme dans un milieu familial qui dysfonctionne. Sa contribution sur le terrain peut s'opérer déjà avec ses travailleurs sociaux répartis sur l'ensemble du territoire.

En outre, chacun de nous  doit chercher des solutions innovantes pour combattre toutes ces formes de violences intra-familiales. Concrètement nous préconisons quelques pistes :

- Mettre en place un guichet unique dédié à la femme réunionnaise :

La création d'une dynamique territoriale sur chaque Commune peut contribuer à une meilleure efficacité des interventions de chacun. Le fait que les différents partenaires se connaissent mieux favorise une plus grande efficacité d'intervention entre les gendarmes, la police (Nationale ou Municipale), les CCAS (centres communaux d'action sociale), le conseil général et les autorités judiciaires, et offre une lecture commune  de cette problématique sur le territoire. Cette logique professionnelle atteste la présence d'un référent unique qui assure le relais avec les partenaires et accompagne les femmes dans leurs démarches administratives et judiciaires.

Ce guichet unique doit aider à une meilleure prise en compte des plaintes portées par les femmes à la gendarmerie ou à la Police Nationale. Aussi, il doit être ce lieu ressource où les femmes s'adressent lorsqu'elles osent quitter le mari dès le premier acte de violence. Le temps qu'elle apporte la preuve ou des indices suffisants, la femme doit être soutenue par des structures protégées et par un fonds d'aide d'urgence afin de permettre une gestion dans l'urgence. Cela peut aider à stopper cette dépendance envers le mari violent. Ce fonds pourrait être mobilisable très rapidement. Toutefois, des garde-fous s'imposent  pour éviter d'éventuels abus.

- S'appuyer sur l'expérience réalisée à Arras :

L'expérience menée à Arras consiste à prendre en charge des hommes auteurs de violences sur leurs femmes. Ce dispositif multi-partenarial associe un hébergement en foyer et des séances de groupes de responsabilisation, pour lutter contre la recidive. Le dispositif appelé CLOTAIRE, intervient en amont pour amener les conjoints à reconnaître leur responsabilité.

Deux types de mesure conduisent à séjourner aux Rosati, nom de cette structure : le classement sous conditions, primo-délinquants et de violence légère, et le contrôle judiciaire.

- Encourager une meilleure prise en compte de notre passé :

Les réunionnais ont besoin de bases solides pour mieux se projeter vers l'avenir. Ce travail de transmission générationnelle se justifie davantage à une société, stigmatisée par son histoire fait de violences et de frustrations. Ce travail de médiation collective et individuelle avec notre passé peut aider à surmonter des épreuves, parfois handicapantes socialement et psychologiquement .

Les femmes qui souffrent de violences physiques ou psychologiques, se replient. Cet effondrement se répercute sur l'ensemble de la cellule familiale. Ce schéma de domination et de violence doit être cassé. chaque citoyen peut faire preuve de solidarité en se positionnant et en dénonçant l'inacceptable. Quand il y a violence, on sort de la sphère du couple et il faut être capable de s'y opposer.

Jean Daniel Dennemont ( Président de l'association "Volonté 974")

 

 

 


Ajouter un commentaire

 
×