Compendre le problème mahorais : avis de Wilfried Bertile

Pour mieux comprendre la problématique, je vous offre le point de vue de Wilfried BERTILE, ancien secrétairegénéral de la COI, ancien député-Maire de St-Philippe, Universitaire. Certes, Mr BERTILE n'est pas du même côté politique que moi, mais je préfère m'appuyer sur une analyse intéressante que d'écouter des âneries développées par exemple sur Freedom, ou par certains élus.

 

 


"CODEVELOPPEMENT MAYOTTE/COMORES/REUNION :
IL FAUT MAINTENANT PASSER AUX ACTES

Dans l’histoire des relations entre Mayotte, les Comores et La Réunion, nous venons de vivre un bon week-end. Des représentants de tout l’échiquier politique réunionnais se sont prononcés pour aider au développement des Comores et même pour un codéveloppement de Mayotte, des autres îles de l’archipel des Comores et de La Réunion.

C’est la position constante du PCR. C’est aussi ce qu’a redit Gilbert Annette samedi 28 mai. Nassimah Dindar, présidente du Conseil départemental qui a déjà fait des Comores une priorité de sa politique de coopération a publié un communiqué. La Région finance elle aussi des actions à destination des Comores. De passage dans notre île, Nicolas Sarkozy a appelé au développement des Comores. L’Association des Maires de La Réunion demande aux élus de s’unir « afin d’accompagner au mieux les habitants de l’archipel à sortir de la misère chronique par une coopération régionale encore plus dynamique et encore plus pratique ».

Tout cela constitue une avancée extraordinaire. Jusqu’ici, les élus menaient une coopération en rasant les murs en raison de l’hostilité d’une partie de l’opinion. Les adversaires politiques utilisaient même les actions de coopération contre leurs initiateurs en disant « l’argent l’a point pou nou mais nana pour envoy’ Mada ou Comores ». C’est ce type de raisonnement démagogique et xénophobe qui a conduit à la chasse aux Comoriens à Mayotte. Bravo aux élus qui ont su surmonter ces préjugés. Bravo pour ce courage politique.

C’est la chasse aux Comoriens à Mayotte qui a fait prendre conscience de la gravité de la situation. Mayotte, en elle-même, est une poudrière dont une immigration dramatique, incontrôlée et incontrôlable peut accélérer l’embrasement. Une déstabilisation de Mayotte peut entraîner l’arrivée à La Réunion de milliers de compatriotes mahorais, difficiles à accueillir dans de bonnes conditions. C’est l’illustration d’une phrase que je rappelle toujours « si le feu prend dans la case de ton voisin et si tu ne l’aides pas à l’éteindre, le feu s’étendra à la tienne ». 

La source de cette immigration déstabilisatrice est la misère qui règne aux Comores. Si celle-ci ne recule pas, comment imaginer que les Comoriens ne seront pas attirés par Mayotte et La Réunion et ne tenteront pas de s’y installer, quoi qu’il en coûte ? « Si tu ne m’aides pas à vivre chez moi, je viendrai mourir chez toi » : le cimetière marin que constituent les parages de Mayotte est l’illustration tragique de cette pétition de principe désespérée des « immigrants ». 
Saluons donc une prise de conscience unanime. Il faut maintenant passer aux actes. La Réunion doit être associée à la politique de codéveloppement de la France aux Comores. Bien plus que Mayotte, elle dispose d’une expertise, de moyens humains, techniques et financiers, d’un tissu associatif, d’un parc d’entreprises et d’une importante diaspora comorienne mobilisables pour une action aux Comores.

Les crédits existent pour la coopération, tant au niveau des collectivités de La Réunion et de Mayotte, de l’Etat, de l’Europe, notamment au niveau d’Interreg pour La Réunion et Mayotte. Il convient donc d’établir de façon partenariale un diagnostic et un plan d’action pour le développement des Comores. Et de mettre en place une gouvernance partagée pour conduire les actions en bonne intelligence avec les autorités comoriennes.

Il appartient à l’Etat de prendre l’initiative d’une rencontre avec les collectivités de Mayotte et de La Réunion pour lancer le processus. S’il saisissait la main tendue par les élus, ce serait une nouvelle donne en Indianocéanie. Une lueur d’espoir se lèverait du côté du canal de Mozambique. 


Wilfrid BERTILE

Wilfried Bertile