Borloo joue la balle au centre

Article du Journal du dimanche (mercredi 20 juin2012) :

Avec la création du groupe centriste "l'Union des démocrates et indépendants", Jean-Louis Borloo compte offrir à un électorat orphelin une représentation à l'Assemblée. Et mise sur la reconfiguration de l'UMP pour étoffer son mouvement.

Serpent de mer de la vie politique française depuis plusieurs années, la question de la recomposition du centre a connu une évolution importante avec l'annonce, mardi par Jean-Louis Borloo, de la création d'un nouveau groupe centriste à l'Assemblée nationale. "L'Union des démocrates et indépendants" rassemble des députés du Parti radical, du Nouveau Centre et des indépendants, et comprend déjà 17 membres. Le président du Parti radical, qui prend la tête du groupe, a en outre revendiqué mercredi matin sur Europe 1 le statut de "patron" des centristes.

Une position qui n'étonne pas Alexis Massart, doyen des facultés libre de droit de Lille et de Toulouse et spécialiste du centre."Il existe toujours un électorat du centre, qui se situe à environ 10%, et est culturellement proche de la gauche mais opposé à une économie administrée. Cet électorat est orphelin à l'Assemblée depuis la disparition de François Bayrou, battu aux dernières législatives. En raison de son image un peu décalée par rapport à l'UMP, Jean-Louis Borloo est le mieux à même d'incarner ce mouvement", analyse ce dernier, contacté par leJDD.fr.

Jean-Louis Borloo a défini mercredi matin les contours de ce que sera l'UDI, évoquant "un groupe qui s'attache aux valeurs de la République, qui se situe clairement dans l'opposition et travaille avec l'autre groupe d'opposition (l'UMP, Ndlr)", se disant "heureux" de la création de ce nouvel ensemble qu'il juge "indispensable". "On met ainsi un terme aux divisions en réunissant des centristes et des radicaux. J'espère que ce groupe va maintenant croître et embellir", a-t-il expliqué.

De nouvelles recrues venues de la droite humaniste ?

C'est en effet l'objectif de Jean-Louis Borloo que de voir s'étoffer l'UDI, avec des élus UMP en décalage avec la ligne de leur parti. "La stratégie de Jean-Louis Borloo se nourrit depuis plusieurs mois de la droitisation de l'ancien parti majoritaire, tout ça a été digéré. Les choses vont se jouer dans les prochains jours, en fonction de la reconfiguration interne à l'UMP" explique Alexis Massart. En clair, Jean-Louis Borloo pourrait compter sur de nouvelles recrues venues de la droite humaniste, en cas de poursuite de la stratégie de "droitisation" du parti de Jean-François Copé.

Questionné sur le rôle que pourra jouer ce nouvel ensemble centriste dans les prochaines échéances électorales, Jean-Louis Borloo a évité d'aborder la question de la présidentielle de 2017. "On n'en est pas là, mais sur les municipales oui, sur les régionales oui, sur les européennes oui", a-t-il expliqué. Pour Alexis Massart, c'est bien la candidature à la magistrature suprême qui est pourtant en ligne de mire de l'ancien maire de Valenciennes. "Jean louis Borloo n'a pas pu se présenter en 2012 en raison de l'opposition interne d'Hervé Morin, et à cause du fait que le président sortant était UMP. Le déclin de l'UDF a débuté en 1995, quand le parti n'a pas présenté de candidat à la présidentielle et a préféré soutenir Edouard Balladur. Et ça, Jean Louis Borloo le sait bien".

Gaspard Dhellemmes - leJDD.fr

mercredi 20 juin 2012

Borloo